Le développement se distingue de la croissance par sa nature qualitative et suppose une adaptation des structures et institutions de la société. La distinction entre croissance et développement économique est effectuée à partir de critères sociaux (conditions de vie), économiques (tertiarisation de l’économie) et démographiques.

Toutefois, il existe une relation réciproque entre croissance et développement : la croissance est une condition préalable au développement et un certain seuil est nécessaire pour amorcer un véritable décollage économique. 

Le niveau de développement et de bien être des différentes nations s’apprécie par des indicateurs qui viennent compléter et relativiser la portée du PIB par habitant. (cf fiche auteur : AMARTYA SEN) 

Qu’est-ce qu’être développé pour un pays?

Un pays peut être en forte croissance, cela ne fait pas forcément de lui un pays développé et réciproquement. La croissance n’est pas le développement. 

La croissance économique correspond à l’augmentation soutenue, pendant une longue période, de la production de richesses d’un pays. Elle se mesure par la variation du PIB. La croissance est un phénomène quantitatif. 

Le développement est un phénomène beaucoup plus complexe, multidimensionnel, principalement qualitatif qui exprime les progrès économiques et sociaux d’une société. 

Définition du développement 

Défini très simplement, il désigne l’amélioration des conditions et de la qualité de vie d’une population. 

C’est un processus de long terme qui fait qu’une économie devient plus productive, capable d’assurer les besoins élémentaires de sa population (alimentation, santé, éducation, logement) et moins inégalitaire. 

François Perroux l’a définit comme « la combinaison des changements mentaux et sociaux d’une population qui la rendent apte à faire croître cumulativement et durablement son produit réel global ». 

Le développement s’accompagne donc de transformations structurelles en matière: 

  • d’organisation économique (forte industrialisation suivie d’une tertiarisation, urbanisation) 
  • démographique (baisse de la fécondité, accroissement de l’espérance de vie, baisse de la natalité)
  • sociale (meilleur accès à l’éducation, à la santé, émancipation féminine, …) 

A quoi reconnait-on qu’un pays n’est pas développé ?   

On peut observer (en particulier dans les Pays les Moins Avancés) : 

  • Pauvreté et difficulté à satisfaire des besoins fondamentaux 

Les besoins de base sont ceux qui concernent la survie et la sécurité des personnes contre les aléas de l’existence : il s’agit donc bien entendu de mettre l’accent sur l’alimentation de la population, l’existence de carences alimentaires (malnutrition), la qualité de l’habitat (le logement et son équipement), mais également des besoins collectifs de base tels que l’alimentation en eau potable, en énergie, en services d’éducation, en moyens de transport, de télécommunication et de santé, etc. 

  • Absence d’un Etat Providence et de système de redistribution des revenus 

Les économies en développement rapide ne disposent pas encore d’un système unifié de protection sociale. Cela crée un facteur d’incertitude pour la population et d’instabilité en cas de choc économique majeur. Une crise économique est d’autant plus gravement ressentie qu’ il n’existe pas d’amortisseur social (allocation-chômage).

  • Concentration de l’économie et des emplois dans l’agricultur
  • Dualisme de l’économie 

Deux secteurs coexistent souvent : une économie intensive, tournée vers l’extérieur, généralement moderne et productive (agriculture d’exportation ou secteurs d’accueil des investissements étrangers) et une économie de subsistance plus traditionnelle (artisanat local, cultures vivrières). Ces deux secteurs entretiennent peu de liens. 

Le poids de l’économie informelle est encore très développé. Dans des zones entières et pour une part importante de la population, le troc et l’autoconsommation dominent les relations entre les individus. Ce qui n’empêche pas l’émergence d’une économie monétaire dans des zones du pays.

  • Population souvent jeune et en forte croissance 

Les pays en développement conservent une croissance démographique dynamique en raison d’une natalité qui diminue moins vite que n’ augmente l’espérance de vie. La transition démographique n’est pas achevée. 

La croissance de la population nécessite de lourds investissements et la forte proportion de jeunes suscite des attentes légitimes en termes d’ emploi et de perspective d’ amélioration de sa situation. 

Amartya Sen : une nouvelle définition du développement 

Amartya Sen (prix Nobel d’économie en 1998) est à l’origine du concept original difficile à traduire de “capabilité” (capacité) humaine. 

Pour Sen, le développement et la pauvreté ne sont pas seulement une affaire de revenu et de niveau de satisfaction matérielle. 

Le développement consiste à élargir les « capabilités » des individus, c’est-à-dire l’ensemble de libertés réelles qui permettent à chacun d’ exploiter son potentiel et d’ orienter son existence. 

A côté de la richesse monétaire, A. Sen prend en compte toutes les possibilités économiques, sociales et politiques offertes à l’individu, qui sont directement liées à son état de santé, son niveau d’éducation et l’état des libertés politiques. Ainsi, la liberté démocratique joue donc un rôle fondamental à la fois comme moyen et finalité du développement humain. La liberté dont il est question comprend les libertés politiques, les droits du citoyen, mais également les non-libertés comme la faim, l’analphabétisme, la maladie laissée sans traitement, l’ insécurité économique. 

Amartya Sen a beaucoup influencé les institutions internationales. 

La mesure du niveau de développement

Le développement et le bien-être ne sont donc pas seulement une affaire de croissance. L’approche en termes de revenu ou de PIB par tête ne permet d’appréhender qu’une dimension du niveau de bien-être atteint par une population. En d’autres termes, le bien-être ne peut se résumer à une simple logique de l’avoir (posséder) ou par la satisfaction croissante des besoins matériels. 

Le programme des nations unies pour le développement (PNUD) publie depuis 1990 un rapport annuel sur le développement dans le monde qui contient de très nombreux indicateurs sociaux, en particulier l’indicateur de développement humain (IDH) et l’indice de pauvreté multidimensionnelle (IPM).

Dès le début des années 1990, le PNUD introduit, sous l’impulsion d’A Sen, l’indicateur de développement humain (IDH) pour compléter le PIB par habitant, afin de mieux apprécier l’état économique et social d’un pays et le niveau de vie ou de bien-être de sa population. 

L’IDH 

L’IDH est un indicateur composite axé sur 3 dimensions du développement humain : 

  • Santé : la capacité à vivre longtemps et en bonne santé, mesurée par l’espérance de vie à la naissance 
  • Education : la capacité à acquérir des connaissances, mesurée par la durée moyenne de scolarisation (nombre moyen d’années de scolarisation reçu par les adultes) et la durée attendue de scolarisation (dont pourrait bénéficier un jeune en âge d’entrer à l’école) 
  • Niveau de vie : la capacité à atteindre un niveau de vie décent, le RNB (Revenu National brut) par habitant en PPA. 

L’IDH a une limite supérieure de 1,0 

Le PNUD classe les pays en 4 groupes (Rapport PNUD 2015): 

Les pays à développement humain:

  • très élevé (IDH supérieur ou égal à 0,8) 
  • élevé (IDH compris entre 0,80 et 0,70)
  • moyen (IDH compris entre 0.70 er 0,55)
  • faible (IDH inférieur à 0,55) 

Les enseignements de l’IDH: 

Les pays développés occupent les premières places du classement. On peut notamment observer le très bon classement des pays nordiques. 

Certains pays occupent un rang plus élevé en termes d’ IDH qu’en termes de richesse par habitant. D’autres pays au contraire, régressent nettement dans le classement (les USA, en raison de l’absence de couverture médicale universelle) 

L’indicateur de pauvreté multidimensionnelle 

L’Indice de pauvreté multidimensionnelle (IPM) mesure les aspects de la pauvreté autres que le revenu. Il identifie les manques, les privations auxquelles les ménages sont confrontés dans les trois mêmes dimensions que dans l’Indice de développement humain (niveaux de vie, santé et éducation) et montre le nombre moyen de personnes pauvres et de manques auxquels les ménages pauvres doivent faire face. Les critères pris en compte sont la malnutrition, la mortalité infantile, la scolarisation insuffisante, les mauvaises conditions de logement.

développement IDH

Le couple indissociable de la croissance et du développement

La croissance économique est une condition indispensable pour assurer le développement du pays 

La croissance est le moyen d’améliorer les conditions d’existence, de lutter contre la pauvreté et de dégager des ressources en faveur de la santé, de l’éducation ou de l’équipement du territoire en grandes infrastructures. Par ex., la croissance économique des « Trente Glorieuses » a contribué à rendre la France plus développée:

  • Meilleure nutrition (augmentation des rations caloriques), baisse de la mortalité infantile, amélioration de l’espérance de vie en bonne santé
  • Meilleure alphabétisation
  • Vérification de lois économiques qui caractérisent bien le développement d’un pays : 

               – Loi d’Engel : modification de la structure de la Consommation 

              – Thèse du déversement : avec les gains de productivité, les emplois se déversent dans le secteur secondaire puis dans le tertiaire. L’industrie réalise des gains de productivité élevés qui permettent de libérer une part de la main-d’œuvre pour travailler dans les services. 

Mais ce n’est pas une condition suffisante pour assurer le développement d’un pays 

La relation croissance et développement n’est pas une relation mécanique, car l’expérience prouve qu’un même niveau de croissance peut produire des résultats radicalement différents en terme de développement économique. Il y a croissance sans développement lorsque la production de richesses ne s’accompagne pas de l’amélioration des conditions de vie. 

Il faut d’abord que la croissance du PIB total soit plus importante que la croissance de la population. 

De plus, la croissance (PIB/hbt) est compatible avec l’accroissement des inégalités, la détérioration des conditions de vie et de travail et l’absence de libertés individuelles. 

Les expériences menées sur le terrain par l’ONU ont permis d’établir que pour qu’il y ait développement : 

  • une répartition plus équitable des revenus de la croissance, particulièrement en faveur des pauvres, renforce la relation croissance et développement
  • la maîtrise du revenu par les femmes conduit à orienter les dépenses vers des postes utiles en matière de développement (soin aux enfants, meilleure hygiène, éducation, etc.)
  • l’État a aussi une responsabilité importante dans ses choix budgétaires : il existe une corrélation positive entre les investissements publics antérieurs dans des infrastructures sociales et physiques et les progrès réalisés dans l’ indice de développement humain.